Les délais de recrutement en forte hausse

Plus d’une entreprise sur deux fait état de difficultés de recrutement, un record. Mais le nombre d’abandons faute de candidat est relativement stable. Les tensions sur le marché du travail se sont surtout traduites par une forte hausse des délais d’embauche, montre une étude de Pôle emploi publiée ce jeudi.

Signe de tensions sur le marché du travail, les délais de recrutement ont fortement augmenté en 2018.
Si les difficultés de recrutement atteignent des records, avec près de six entreprises sur dix qui en font état , les embauches abandonnées faute de candidat, elles, sont relativement stables. C’est ce que montre  une étude de Pôle emploi publiée ce jeudi sur le sort des 3,2 millions d’offres (CDI ou CDD de plus d’un mois) déposées auprès de l’opérateur public en 2018.
Parmi toutes ces offres, 2,9 millions, soit 90 %, ont été pourvues, une proportion stable sur un an. Celles qui ont été annulées, par manque de budget ou parce que le besoin a disparu, sont en légère augmentation (112.000 contre 97.000, soit 3,5 % du total).

 

Délais en forte hausse
Il en va aussi de celles qui n’ont pas abouti par manque de candidat jugé acceptable, principalement par manque de compétences ou de motivation : elles sont passées à 157.000 en 2018 (+7.000) pour représenter 4,9 % du total (+0,2 point). En extrapolant à l’ensemble des offres d’emploi, passées ou non par ses services, Pôle emploi estime qu’entre 210.000 et 350.000 projets de recrutement de plus d’un mois sont tombés à l’eau faute de candidat, contre une fourchette de 200.000 à 330.000 l’année précédente.
Rapportées au près de 8,4 millions d’embauches de plus d’un mois en 2018, ces fourchettes montrent que la forte perception de difficultés de recrutement n’empêche pas l’immense majorité des projets de se finir par la signature d’un contrat de travail. Sauf que cela prend beaucoup plus de temps. « C’est cela qui a bougé », confirme Stéphane Ducatez, le directeur études et performances de Pôle emploi.

Rappel dans les 30 jours
Ainsi, la moitié des recruteurs ont mis plus de quarante-six jours pour parvenir à leur fin, huit de plus qu’en 2017. Il a fallu près de quatre semaines de plus pour que les trois quarts des embauches se concrétisent et un mois et demi supplémentaire pour que neuf sur dix y parviennent, souligne l’étude.
Derrière ces chiffres, se cachent d’importants écarts selon le niveau de qualification recherché. A titre d’exemple, la durée médiane pour le recrutement d’un ouvrier qualifié a augmenté de treize jours, contre cinq jours pour un technicien par exemple. En termes de secteurs, la construction, l’industrie ou l’agriculture ont aussi vu leurs médianes s’allonger fortement (+22 jours, +17, +13 respectivement).

Pour remédier à cette situation, Pôle emploi a obtenu des moyens supplémentaires dans le cadre de  la réforme de l’assurance-chômage . Depuis le 1er janvier, assure Catherine Poux, directrice des services aux entreprises, 5.500 conseillers sont mobilisés pour  contacter dans les trente jours toute entreprise dont l’offre ne serait pas pourvue . A la clef, un cocktail de solutions qui ont fait leurs preuves : immersion de candidats, présentation de l’entreprise, formation… Et un objectif : baisser le délai médian de dix jours.
les Echos janvier 2020